Le Rat et l’Éléphant

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La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière :
Leur orgueil me semble, en un mot,
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre
Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un Rat des plus petits voyait un Éléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une sultane de renom,
Son Chien, son Chat et sa Guenon,
Son Perroquet, sa Vieille et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
« Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants !
Mais qu’admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les éléphants. »
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat, sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un rat n’est pas un éléphant.

Les Médecins

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Leur malade paya le tribut à nature,
Après qu’en ses conseils Tant-Pis eut été cru.
Ils triomphaient encore sur cette maladie.
L’un disait : « Il est mort ; je l’avais bien prévu.
– S’il m’eût cru, disait l’autre, il serait plein de vie. »

Conseil tenu par les Rats

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Ne trouvait à manger que le quart de son sou ;
Et Rodilard passait chez la gent misérable,
Non pour un Chat, mais pour un Diable.
Or un jour qu’au haut et au loin
Le galant alla chercher femme ;
Pendant tout le sabbat qu’il fit avec sa Dame,
Le demeurant des Rats tint Chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l’abord leur Doyen, personne fort prudente,
Opina qu’il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu’ainsi quand il irait en guerre,
De sa marche avertis ils s’enfuiraient sous terre.
Qu’il n’y savait que ce moyen.
Chacun fut de l’avis de Monsieur le Doyen,
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d’attacher le grelot.
L’un dit : Je n’y vais point, je ne suis pas si sot :
L’autre, Je ne saurais. Si bien que sans rien faire
On se quitta. J’ai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
Voire Chapitres de Chanoines.
Ne faut-il que délibérer ?
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d’exécuter ?
L’on ne rencontre plus personne.

Les deux Chèvres

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Les moins fréquentés des humains :
Là, s’il est quelque lieu sans route et sans chemins,
Un rocher, quelque mont pendant en précipices,
C’est où ces dames vont promener leurs caprices.
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Deux Chèvres donc s’émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche,
Quittèrent les bas prés, chacune de sa part :
L’une vers l’autre allait pour quelque bon hasard.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.
Deux belettes à peine auraient passé de front
Sur ce pont :
D’ailleurs, l’onde rapide et le ruisseau profond
Devaient faire trembler de peur ces amazones.
Malgré tant de dangers, l’une de ces personnes
Pose un pied sur la planche, et l’autre en fait autant.
Je m’imagine voir, avec Louis le Grand,
Philippe Quatre qui s’avance
Dans l’île de la Conférence.
Ainsi s’avançaient pas à pas,
Nez à nez, nos aventurières,
Qui, toutes deux étant fort fières,
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas
L’une à l’autre céder. Elles avaient la gloire
De compter dans leur race, à ce que dit l’histoire,
L’une, certaine Chèvre, au mérite sans pair,
Dont Polyphème fit présent à Galatée,
Et l’autre la chèvre Amalthée,
Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune :
Toutes deux tombèrent dans l’eau.
Cet accident n’est pas nouveau
Dans le chemin de la fortune.
À Monseigneur le Duc de Bourgogne
qui avait demandé à M. de la Fontaine
une fable qui fût nommée Le Chat et la Souris.
Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée
Destine un temple en mes écrits,
Comment composerai-je une fable nommée
Le Chat et la Souris ?
Dois-je représenter dans ces vers une belle
Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle,
Va se jouant des coeurs que ses charmes ont pris
Comme le Chat et la Souris ?
Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune ?
Rien ne lui convient mieux : et c’est chose commune
Que de lui voir traiter ceux qu’on croit ses amis
Comme le Chat fait la Souris.
Introduirai-je un roi qu’entre ses favoris
Elle respecte seul, roi qui fixe sa roue,
Qui n’est point empêché d’un monde d’ennemis,
Et qui des plus puissants, quand il lui plaît, se joue
Comme le Chat de la Souris ?
Mais insensiblement, dans le tour que j’ai pris,
Mon dessein se rencontre ; et, si je ne m’abuse,
Je pourrais tout gâter par de plus longs récits.
Le jeune prince alors se jouerait de ma Muse,
Comme le Chat de la Souris.

La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

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Disant : Regardez bien, ma sœur,
Est-ce assez ? dites-moi ? n’y suis-je point encore ?
Nenni. M’y voici donc ? Point du tout. M’y voilà ?
Vous n’en approchez point. La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs ;
Tout petit Prince a des Ambassadeurs :
Tout Marquis veut avoir des Pages.

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